On a vu, dans la première partie, les obstacles que devait franchir un artiste pour obtenir un mur légal. Mais une fois son œuvre posée sur ce mur, ses ennuis ne sont pas terminés. Déjà, parce que son œuvre sera exposée aux regards et aux critiques mais ça fait partie du jeu. Par contre, lorsqu’on reste en dehors des musées, on s’expose à d’autres menaces : le  vandalisme, “l’effaçage”, la vindicte populaire et les poursuites judiciaires.

Vandalisme et repassage :

En première ligne des opposants au street-art légal se trouvent des artistes adeptes du graffiti. Les graffeurs n’aiment pas les artistes urbain principalement à cause d’un problème de territoire aussi complexe et passionné que celui de la Palestine, autrement dit, difficile à expliquer en quelques lignes. Ces opposants, nostalgiques des débuts undergrounds du mouvement, défendent l’esprit rebelle du graffiti, un art libre qui n’est pas à vendre, le vrai graff. Les plus extrémistes d’entre eux se proclament vandales, pour faire simple, les terroristes terrorisent, les vandales vandalisent. Les modérés ne vandalisent pas, ils repassent (ceci n’a rien à voir avec les tâches ménagères). Face à l’offensive de Photoshop, ces modérés défendent une noble cause : le “fait main”. Mais tous (modérés et extrémistes) sont bien armés, connaissent le terrain, et combattent le street-art, comme ils attaquent les pièces de leurs rivaux ou les murs bien propres, ni plus ni moins. Entendons nous bien : les deux milieux (graffiti et les autres) coexistent, malgré tout, plutôt bien et lorsqu’il y a affrontement c’est à coup de peinture. Logiquement, plus il y a de murs légaux dans une ville, plus il y a d’échauffourées. Vitry, ville d’accueil du street-art par excellence, est sous haute tension. Brok (un modéré), a un avis sur la question : “Ça me fait chier que ce soit un peu la foire au jambon” (NDLR : Une foire à laquelle Véronique Genest ne participe pas). Il a revendiqué le repassage d’une fresque de l’autrichien Nychos (reportage). Ce dernier, traumatisé par des scènes de chasse et de dépeçage dont il fut témoin durant l’enfance, utilise son art pour exorciser ses démons. A Vitry, il avait disséqué un crocodile sur une trentaine de mètres. Brok a considéré que l‘œuvre était “glauque, collée à proximité d’une piscine et d’un gymnase”. Il a fait appel à “des gens qui avaient des trucs qui ont été repassés au début”, une façon de “renvoyer un peu la balle”. Depuis des “crocos cartoons” ont remplacé le croco éventré. Qui-suis je pour juger ? Après tout le street-art est éphémère et si c’est pour protéger des enfants…Et puis pour moi ça reste mieux qu’un mur vide.

Pour finir sur le sujet, le groupe de graffeurs qui porte bien son nom (Smart Crew), a peut être trouvé la solution aux problèmes évoqués ci-dessus. Ce crew avait déjà fait preuve d’originalité dans la manière de vandaliser une œuvre de Banksy en octobre dernier. Mais ils ont récemment fait beaucoup plus fort, après avoir bataillé pour obtenir un mur légal (ici un rideau métallique), ils l’ont offert aux vandales notoires du quartier. Ce rideau est maintenant dédié à la gloire du graff vandale. Réaliser une œuvre d’art légale qui ressemble à du vandalisme, c’est assez ironique et surtout très novateur, une sorte d’inception du vandalisme. Un jour peut être seront-ils connus comme les pères d’un nouveau courant : le vandalisme “conceptuel”.

smart crew

La vindicte populaire :

Quand une œuvre, ne plait pas aux riverains, il arrive qu’ils se radicalisent et s’adonnent à des actes de vandalisme (eux aussi). Ils ne prennent pas la peine d’utiliser les recours juridiques à leur disposition, ils s’arment de pot de peinture et s’attaquent manu militari aux œuvres qu’ils veulent voir disparaître. Deux exemples (photos ci-après), à Atlanta, ou l’association artistique “Living Wall” se fait des cheveux blanc car la communauté est plutôt réfractaire à son action. Cette association avait invité Roti (artiste français) dont la superbe fresque, a été vandalisée par une cinquantaines de riverains puis restaurée par la mairie. Second exemple, Hyuro (artiste espagnol), qui n’a pas eu cette chance, puisque sa fresque vandalisée a été ensuite complètement effacée sur décision du maire, afin de calmer les passions de ce quartier d’Atlanta.

Et les poursuites judiciaires :

Pour un artiste de rue, se faire critiquer, effacer, vandaliser, repasser et chopper par les condés, ça fait partie de son quotidien. Mais que des critiques vous amènent au tribunal c’est assez nouveau. Cette mésaventure est arrivée à MTO (artiste français basé à Berlin), en 2011. Il a été invité à participer au “Chalk Festival” à Saratosa Floride, depuis son œuvre réalisée pour l’occasion “Live Fast” a été effacée après avoir été au centre d’un imbroglio judiciaire qui a duré plus d’un an. Il a tellement été affecté par cette expérience, qu’il est retourné à Saratosa pour réaliser deux nouveaux murs. Ces deux œuvres s’adressent directement “aux haters” à l’origine de la disparition de “Live Fast”, il explique ça dans ce documentaire :

A ce rythme là, il va bientôt falloir organiser un référendum pour pouvoir “poser” une œuvre dans la rue ! D’ailleurs c’est presque déjà le cas dans le 13eme arrondissement parisien, où les riverains reçoivent dans leurs boites aux lettres la présentation du projet avec le choix entre deux ou trois fresques. Ils peuvent ainsi choisir celle qu’ils préfèrent, de l’art en mode télé-crochet mais sans la télé, afin de s’assurer que la fresque s’intégrera parfaitement au voisinage.

Pour conclure, nous l’avons vu, un street-artiste qui fait dans le légal, doit s’armer de patience et brûler des cierges pour obtenir un mur, mais bien que ça soit légal, il n’est pas à l’abri du vandalisme (sauf si la fresque est hors d’atteinte), de l’effaçage, ni des poursuites judiciaires.  Je pense que c’est dommage que le street-art légal soit le seul moyen pour un artiste d’avoir du temps et un mur bien exposé, et vu les contraintes que le street-art légal apporte, mieux vaut qu’il ne se généralise pas. Il est déjà difficile de simplement définir le street-art donc vouloir le réguler c’est impossible. En plus de la liberté, l’autre aspect essentiel au street-art est qu’il est éphémère et les artistes qui le pratiquent en sont bien conscients. Par contre d’autres personnes, que nous pourront définir comme des conservateurs compulsifs, ne peuvent admettre cet état de fait et tentent tout pour le conserver, et en tirer un peu d’argent au passage. Je ne peux pas évoquer ce sujet sans parler encore une fois de Banksy, devenu tellement iconique, que ses œuvres (toujours illégales soit-dit en passant) sont protégées  et conservées par les municipalités. Des œuvres complètement acceptées par la communauté (avec mise en place des protections en plexiglas et de panneaux de direction dès la sortie des stations de métro pour guider les curieux). Ces œuvres acquièrent ainsi le statuts d’œuvres légales.  Et la banksymania est montée d’un cran depuis “Stealing Banksy“, certaines œuvres ont été retirées (les murs ont été découpés) prétendument pour être vendues aux enchères. En réalité, elles feront partie de la collection d’un musée street-art qui devrait, prochainement, voir le jour à Londres. La raison évoquée est simple, ces œuvres ont été retirées pour les protéger face à ses hordes de vandales de tous poils, pas pour faire de l’argent. Enfin, c’est ce qu’ils disent.

Sebdo – observateur de l’ONU.

( source entre autre: complex et animalnewyork)