BEDOSCOPE – LA PLANETE DES SINGES, LES ORIGINES
Le bédoscope c’est quoi ? > pour les retardataires ou les lecteurs infidèles : voir ici.
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Tout d’abord, il parait primordial de préciser certaines choses afin de bien entrer dans ce bédoscope. Avant tout, cette dernière version de “La planète des singes” n’a rien à voir avec un quelconque débat sur “l’identité nationale” et la place des origines au sein de la société, fruit d’une énième dérive droitière atteignant (si c’était encore nécessaire) un nouveau point de non retour. Par ailleurs, et contrairement à ce que l’on pourrait espérer, ce long métrage n’est pas non plus un documentaire ayant pour ambition d’expliquer pourquoi le remake du film original, réalisé par Tim Burton et avec Mark Wahlberg, était si raté.
Non, il n’en est rien. Le film de Ruppert Wyatt est mieux que ça. Paradoxalement, ce long métrage, packagé comme un gros blockbuster de l’été, est une poignante immersion dans l’enfer de l’univers carcéral à travers le récit d’un parcours initiatique, celui d’un jeune surdoué promis à un avenir doré qui va se transformer, contre toute attente, en leader révolutionnaire.
Petit résumé rapide (attention : spoiler inside!)
Orphelin et nouveau né (oui, les bases dramatiques de l’histoire sont posées très tôt), Caesar est recueilli (enfin, techniquement plutôt enlevé genre “Arche de Zoé”) par un brillant scientifique dont les travaux (un projet extrêmement ambitieux visant à guérir son père et accessoirement Chirac d’Alzheimer) ont légèrement foiré (une sombre histoire de porte mal fermée et de cobaye qui s’enfuit pour finir par foutre la merde en plein conseil administration). Malgré ce départ dans la vie quelque peu chaotique, Caesar grandit dans un milieu aisé, au sein d’une banlieue pavillonnaire paisible, entouré d’un père adoptif aimant et d’un papi un peu à l’ouest (Alzheimer, hein) mais tellement attachant. Malgré un certain nombre de handicaps (muet et atteint d’un dérèglement de la pilosité), Caesar se révèle très rapidement surdoué intellectuellement mais aussi doté d’une agilité hors du commun.
Passé l’enfance, le combo “pas de papiers d’adoption / surdoué” aura pour effet de le priver d’école publique, avec au final l’obligation de rester cloîtrer 24/7 et donc d’étudier à domicile. Mais voilà, à trop voir le monde de derrière sa fenêtre, Caesar commence à se rebeller contre sa condition sociale et son isolement. Il effectue pour commencer un petit larcin en tentant de dérober la bicyclette du voisin. Son père décide alors de le conduire régulièrement dans un parc (oui, il aurait pu juste lui payer une PS3 mais c’est un scientifique, rappelez vous) afin qu’il puisse évacuer son trop plein d’énergie en s’adonnant aux plaisirs de l’accrobranche (mais sans baudrier et autres tyroliennes). Malheureusement, l’une de ses sorties “champêtres” se soldera par une altercation avec un berger allemand. Alimentée par le ressentiment engendré par les circonstances de la perte de sa mère biologique et sa différence au sein de sa propre “famille”, l’escalade d’incivilités conduira Caesar à un point de non retour. Un point atteint suite à l’agression physique d’un voisin, ayant eu la mauvaise idée de molester “papi à l’ouest”. C’est l’acte délictuel de trop, celui qui le conduira à être envoyé en détention.
Là, Caesar sera confronté à la dureté de la vie en prison : la nourriture immonde, le sadisme de certains matons, la vétusté des cellules, etc… Déchiré après un premier parloir court avec sa famille, pris à partie lors de sa première sortie dans la cour de promenade par le caïd de l’établissement, Caesar va devoir lutter face aux réalités de l’incarcération mais plus que tout devra affronter sa propre singularité. Aidé par un vieux briscard rasta (ayant appris le langage des signes en bossant dans un cirque) puis par un codétenu véritable force de la nature, il va devoir chercher sans relâche un moyen de briser ses chaines (qu’elles soient physiques ou mentales) jusqu’à finalement devenir le leader charismatique d’un soulèvement, d’une révolution.
Alors oui, à coté de tout ça, il y a un virus qui détruit l’humanité (qui fait d’ailleurs passer le Charlton Heston de “la Planète des singes V1″ pour un con avec ses histoires de bombes). Mais, plus que les quelques incohérences, on retiendra une très réaliste vision du milieu carcéral (manque juste une scène de douche collective), le tout avec, en toile de fond, une réflexion sur les limites du pouvoir que l’homme doit être en mesure d’exercer sur la nature (peut-on décemment mettre un t-shirt à un singe ?).
En définitif, “La planète des singes – les origines” est un sympathique divertissement, un film deux en un, comme une bonne lessive en somme, qui partage par ailleurs (et il convient de le souligner) un certain message avec le morceau “Let da monkey out” de Redman.
Georges du Roy de Cantel (Gorilla Unit)
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