STREET ART #8BIS – JEF AEROSOL PART 2
Message pour les visiteurs égarés ou les retardataires, c’est une part 2 donc lire la part 1 pourrait vous être utile.
Les caisses de la F.B.E.F. (Fondation pour le Bien-Être des Festivaliers) sont restées désespérément vides (je vous ai conseillé de lire la part 1 , pas vrai ?). Nous étions même prêts à accepter d’être payés en nature (avec quelques œuvres pour décorer nos locaux, pas autre chose hein).
Je vais donc vous présenter M. Jean-François Perroy alias Jef Aerosol, spécialiste du pochoir, né à Nantes le 15 janvier 1957, ancien prof d’anglais vivant à Lille. C’est un des membres fondateurs de la French Connexion (avec Blek le Rat – Luciano* -, Mesnager, Speedy Graphito et Miss Tic). Association de malfaiteurs née en 1985 (propos tirés d’une de ses confessions : “Le premier rassemblement a eu lieu en 1985 au Canal de l’Ourcq, avec peintures de rue et fresques sauvages. C’était parti.”)
Son surnom dans le milieu est “Le rocker”, il le doit principalement à son look puisqu’il ne sort jamais sans son slim. Bien qu’il soit musicien et un enfant du rock ce n’est pas un vrai “rocker”. C’est, par contre, un as de la mandoline voire même un ténor du banjo. Il a tourné et enregistré avec divers groupes (Windcatchers, Open Road, Distant Shores…), vous trouverez ces disques au rayon musique Celtique (à coté de Manau*). Plus d’infos sur sa carrière musicale et références.
Mais revenons à ce qui nous intéresse c’est à dire le business. Ce pochoiriste est un mec à l’ancienne (voir notre dico du rap français), il fait partie de la première vague du street-art français (il signe son premier pochoir à Tours en 1982). Rares sont ceux à avoir trente ans de métier, c’est une véritable figure du street-art mondial, je le classe même dans les immortels de la French Connexion. La légende voudrait qu’il aurait été inspiré par Ernest Pignon-Ernest. (NDLR : Pignon-Ernest avec Gérard Zlotykamien et Daniel Buren sont considérés comme les pères de l’art urbain en France . Ce sont des mecs encore plus à l’ancienne, ils n’ont pas organisé le crime, leurs noms d’artistes ne sont pas cools, pour ces raisons et malgré leur talent, ils ne font pas partie de la French Connexion).

Sa marque de fabrique, des pochoirs principalement en noir et blanc représentant des personnages célèbres (des icônes comme Elvis, Hendrix, Basquiat), des anonymes ou des autoportraits. « Je ne fais pas de différence. Je peins autant les portraits des idoles que j’épinglais sur les murs de ma chambre d’ado que des inconnus. Il n’y a pas de hiérarchie pour moi. On est tous des êtres humains. Célébrités et anonymes font partie de mon existence. ». Ses pochoirs sont parfois accompagnés d’une phrase bien sentie comme ici et toujours signés comme un tableau de maître (hein). Certaines de ses “pièces” comme le fameux “Sitting Kid” sont devenues elles-même des icônes (kafkaïen, isn’t it ?) et peut-être qu’un jour, qui sait, son visage sera également iconique.

Depuis 1989, il ajoute à sa signature une (ou plusieurs) flèche(s) rouge(s). Mais pourquoi ? Pas d’infos concrètes et certifiées à ce sujet... Le début de mon enquête sur cette question (via le fameux “j’ai de la chance” de Google) m’a fait un temps penser que c’était un hommage à ce train mythique. Mais aucune de mes sources n’a pu confirmer que Jef Aérosol est ferrovipathe (passionné de trains). En y réfléchissant un peu plus, je me suis dis : une flèche indique une direction et si elle était là pour diriger le regard du spectateur, diriger le regard vers quelque chose de précis sur l’œuvre ?
Par exemple, pour son «CHUUUTTT !!!», la flèche pointe vers son œil grand ouvert (pour ceux qui n’ont pas lu la part 1 de l’article, le CHUUUTTT!!! m’était adressé et la flèche sous-entend “je t’ai à l’œil Sebdo”). D’ailleurs, message personnel pour Jef : Je fais comme toi, je garde l’œil grand ouvert et, en plus, je ne dors plus que sur une oreille, tu ne m’auras pas.
Mon enquête sur la flèche rouge est dans une impasse et beaucoup de questions restent en suspens. Quand les flèches partent dans tous les sens, que veut-il nous dire ? Et pourquoi rouge ? Parce que c’est une couleur qui ressort bien sur ses œuvres en noir et blanc ? J’aimerais vraiment avoir une explication avant de, par exemple, mourir par accident noyé dans la Seine, avec les pieds coulés dans le béton.Aujourd’hui, pour Jef, les opérations illégales sont (officiellement) finies : quand il “pochoirise” un mur, c’est avec la bénédiction du propriétaire. Son agenda est garni d’expos, de ventes (ses toiles se vendent jusqu’à 8 000 euros pièces) et autres performances artistiques aux quatre coins du monde. Mais on n’abandonne jamais complètement la rue. Oui, cher lecteur, sache que quand tu as été longtemps shooté à l’adrénaline, tu restes un éternel junky. Même si tu as raccroché, tu gardes cette envie au fond de toi jusqu’au jour où tu te refais un fix comme au bon vieux temps. “Avec le pochoir, y a l’adrénaline… Cela s’inscrit aussi dans le côté urbain et nocturne, quelque chose de rock’n roll” disait-il, en 2009, empli de nostalgie. Il lui arrive donc de se faire un mur comme à l’époque, de temps en temps, les proprios portent rarement plainte et quand un honnête propriétaire n’apprécie pas de voir (par exemple) la face de l’illuminati Jay-Z* sur sa porte de garage, ses “protecteurs” (politiques haut placés, ambassadeurs, avocats etc…) font en sorte que l’affaire est classée sans suite. Ce n’est pas encore paru au journal officiel mais les pochoirs de Jef ne sont plus considérés comme une dégradation de bien public, alors que ça reste de la peinture (mais que fait la police?!). Mais voilà, Jef est maintenant intouchable. La fresque “CHUUUTTT!!!” (encore elle) en est l’exemple parfait : œuvre de street-art adoubée par les autorités, mais surtout son visage en géant qui trônera au coté de la fontaine de Niki de Saint Phalle et de Tinguely à Beaubourg (IVe) pour longtemps, c’est le Tag ultime car il va au-delà du blaze…
Accessoirement, avec cette oeuvre, il vient de lancer un nouveau business (fort lucratif) selon mes informations : l’agent immobilier heureux propriétaire du “CHUUUTTT” (et de l’immeuble qui va avec) a déjà racheté d’autres vieux immeubles non classés un peu partout en France. Un pochoir de Jef et le tour est joué, l’immeuble est aussitôt classé œuvre d’art, plus de destruction possible, perception des loyers et énorme plus-value garantie à la revente. Le syndicat des marchands de sommeil parisiens s’est également rapproché de Jef afin de préserver leur activité. Heureusement que le rocker est un idéaliste et un éternel adolescent (“Depuis 27 ans, je reste émerveillé à retirer le pochoir et à voir que ça marche !”) et qu’il ne fait pas ça pour l’argent, il a donc refusé leur offre. Avec le gros coup réalisé il y a quinze jours, il a le temps de voir venir.
Parce que je suis fair-play, je laisse le mot de la fin à Jef :
« Ma première complice, c’est la ville. Je ne veux pas la violenter. J’ai un très grand respect pour les vieilles pierres. Je pense que le street art doit magnifier la fibre urbaine et non pas la scarifier. Mon travail est d’ordre poétique. » Son œuvre préférée : « C’est la prochaine ».
Sebdo
*suite au succès exceptionnel du Dico du Rap et pour “me faire bien voir” par la direction du blog, j’ai décidé d’inclure dans chaque article des références au RAP.
Pour une info sérieuse sur son travail et références ( ici ou la)
ITW de 2009.
« [HAPPY BIRTHDAY LE BLOG] PARCE QUE VOUS LE VALEZ BIEN – STEVE |
L’ENCULE DU JOUR #3 : DASH (LESSIVE) » |