LE DICO DU RAP FRANÇAIS (PART 1)
En l’honneur de ses 3 années d’existence, le Festival de la couille se transforme chaque vendredi (pendant quatre semaines) en petit Larousse du Rap Français. Toutes les réponses aux questions que vous n’avez jamais osées poser sur les termes obscurs utilisés dans le “milieu” par les initiés sont dans notre dico.
En prime, on filera un livre téléchargeable pour tous en version PDF et un livre relié en version papier pour les quelques heureux gagnants parmi ceux qui auront participé aux festivités qu’on vous réserve pour le mois à venir. Si vous n’avez toujours pas compris de quoi il s’agit, allez donc jeter un coup d’œil sur l’explication fournie par les Haterz qui pourra peut-être vous éclairer.
Pour la première semaine de notre Dico du Rap Français, on s’attaque aux définitions des mots contenus entre la lettre A et la lettre C.

Âge d’or du rap français exp. :
L’âge d’or, aussi appelé règne de Saturne dans la mythologie romaine, est celui qui suit immédiatement la création, l’avènement du rap en français. C’est un temps d’innocence, de justice, d’abondance et de bonheur. Le rap français jouit alors d’un printemps perpétuel, les labels signent des rappeurs à tour de bras et les disques d’or (NDLR : d’où l’âge d’or…) viennent recouvrir les murs des maisons de disques.
Nombreux sont ceux qui se prennent aujourd’hui à rêver, comme à l’époque de César, à un Retour aux Pyramides.
Voir C’était mieux avant
A l’ancienne exp :
Notion temporelle extrêmement vague, en tous cas moins fiable que la datation au carbone 14, permettant de qualifier indifféremment une chose datant d’il y a 15 ans comme une autre datant d’il y a 6 mois.
Album de la maturité n.m :Terme employé pour désigner un 3ème album faisant suite à un 2nd opus n’ayant pas réussi à réaliser le même score que le 1er. Après l’échec dudit album de la maturité, le terme pourra être réutilisé, le cas échéant, pour les suivants. Il arrive parfois que l’artiste pense même à se racheter une crédibilité après un 1er et un 2nd album de la maturité tout aussi fail [raté] en changeant de nom au passage (un “mauvais” exemple parmi d’autres : Menelik >> MNLK).
Voir Promo
1. NTM, Solaar, IAM
2. Peut aussi faire référence, pour l’intelligentsia du rap français, à la première des époques de son histoire.
Voir Conscient (rap)
D’une manière générale, c’est une valeur (bien) souvent inversement proportionnelle au succès (et accessoirement au talent) de l’artiste. Ainsi, les rappeurs indés se donneront un style en flambant et prétendant qu’ils n’en manquent pas alors que les rappeurs à succès essayeront de faire croire qu’ils habitent toujours dans leur quartier (et se cacheront quand ils sortiront de “chez une amie qui habite à Saint-Germain-des-Près”).
Il est à noter que, bien que n’ayant pas d’odeur, il est souvent sale et ne provient pas toujours (comme chez nos confrères américains d’ailleurs) exclusivement de l’activité musicale de l’artiste.
Voir Biz

Autotune n.m :
Ce terme désigne un logiciel de traitement audio et n’est en aucune façon une abréviation d’Auto Tuning Magazine et n’a, de manière générale, aucun lien avec la customisation automobile.
C’est surtout la preuve irréfutable que toutes les mauvaises langues qui prétendent qu’il est facile de copier les américains sont dans l’erreur.
Il convient de noter que, même si son utilisation (notamment dans le cadre de singles) est connue et louée pour les profits qu’elle peut générer, l’orthographe AutoThunes est totalement erronée.

Banlieue n.f :
C’est la deuxième France (oui, il y en a deux), celle des banlieusards et fiers de l’être.
Le frère Kery James a consacré une ode aux banlieusards dans le titre éponyme.
Alors, certes, comme il le souligne à juste titre, la banlieue n’est pas condamnée à l’échec ; par contre, ses habitants sont condamnés à traverser le périph et/ou à entendre parler encore et toujours du film Banlieue 13 et ça, ça reste quand même galère.
Berceau du rap n.m :
Le berceau du rap, c’est la rue. Mais depuis le titre des Nique Ta Mère, les pères redoutent de promener dans leur berceau leur progéniture (qu’ils ont eu après avoir Niqué La Mère de ladite progéniture… enfin bref) car ils ne veulent pas qu’elle glisse et, accessoirement, qu’elle leur ramène du vice.
Voir Banlieue
De l’anglais business, l’expression biz est reprise telle quelle sur le sol français et signifie la plupart du temps :
1. mener une activité lucrative “qu’on sait pas ce que c’est ni avec c’est qui qui qu’elle se fait” mais qui doit être illicite compte tenu du mystère qui l’entoure et qui permet de générer assez d’argent pour continuer à sortir des projets qui ne rencontrent pas de succès
Exemple : “ceux qui disent de moi que je ne fais aucun effort comprennent que donner de l’argent sale à ma mère me remplit de remords.”
2. conclure un marché
Exemple : “T’es une meuf du show-biz doudou, viens on fait un biz” (pas besoin de vous faire un dessin sur les termes du marché?)
3. lancer sa petite entreprise qui ne connaîtra pas la crise… ou pas…
Les marques de street-wear comme Dia, Royal Wear, Com8, Narcotic, Produit de Banlieue… ont toutes été l’incarnation du rêve du biz entrepreneurial à l’américaine justifiant l’incursion dans l’univers de la mode prêt à défourailler pour certains rappeurs français.
Voir Argent
A l’instar du football français ou des salons de coiffure de Château-Rouge, les rappeurs blancs sont relativement peu nombreux / visibles au sein de la scène rap française mainstream. Néanmoins, on les retrouve assez majoritairement dans des sous-genres ou niches évoluant en marge des gros médias de diffusion. Ainsi, le rappeur blanc était extrêmement présent dans ce qui fut baptisé “courant alternatif” (aussi qualifié de “rap chelou”) au milieu des années 90 (cf. TTC, Klub des Loosers, James Delleck…). Ils sont, de nos jours, très fortement représentés dans le rap old school (dit de backpack ou “de sac à dos” ; oui, c’est moins cool en français) qui, à l’instar de la Nu Soul, tend à reproduire ce qui se faisait dans le passé… mais en moins bien.
Exemple : Stuff White People Like
Voir C’était mieux avant
Nom de scène que les rappeurs aiment à se trouver quand ils rentrent dans le game. En même temps, on comprend aisément que s’appeler Didier Morville, Bruno Beaussir ou encore Gilles Boulanger puisse être délicat quand on souhaite faire carrière.
Pendant l’antiquité, le blaze venait souvent du nom que le rappeur apposait au poska sur les murs ou les trains de son quartier. Néanmoins, aujourd’hui, cette règle n’est pas une généralité et on a tout de même des doutes sur les circonstances de certains choix : Lady Laistee (passion exacerbée pour le verlan ?), 3ième œil (fan de Ten Shin Han ?), Chiens de Paille (amoureux de la taxidermie ?), Black Vénère (Pyramide : en deux ?), etc…
Nombre de rappeurs restent très attachés à leurs racines, le bled. Ce n’est pas toujours une excuse recevable pour ne pas respecter la grammaire et donc le Bled, celui qui prend un B majuscule. Pour beaucoup d’observateurs, n’en déplaise aux membres du 113, le vrai tonton du Bled restera à jamais Maître Capello (RIP).
Exemple : “Un appel anonyme destiné qu’à induire un journaliste à l’erreur.”
Le Marty McFly du rap français, celui qui est trop en avance pour demander l’heure à qui que ce soit et qu’on ne voit pas (renoi) car il est dans le futur (qui n’est en fait qu’une conséquence du décalage horaire entre Paris et Miami Beach).
Loin de faire l’unanimité, il réussit toutefois le tour de force de rallier trois communautés qui parfois s’opposent : une frange de la jeunesse des banlieues, certains gardiens du temple de la maîtrise de la langue française (les professeurs de lettres et la Nouvelle Revue Française) et une partie de la communauté gay pour l’esthétisme de ses pochettes d’album ainsi que les pecs apparents et huilés qu’il montre dans ses clips.
Une science lui est consacrée : la B2Ologie. On ne connaît, à ce jour, aucun autre artiste du rap game qui puisse en dire autant.
Voir Duc
Bouneau (Laurent aka Boons) n.p. :
Grand “manitou”, il fait et défait les reversements SACEM du rap français puisqu’en tant que DG des programmes de Skyrock, c’est lui qui choisit le taux de rotation des titres diffusés sur la station. Des légendes urbaines courent sur ce que certains sont prêts à faire pour atteindre le Graal de la rotation 12 (à savoir, une diffusion par heure).
Néanmoins, certains rappeurs, pouvant être Boss de la SACEM, sont “à l’aise avec ou sans Laurent Bouneau”.
Ancienne unité de mesure de l’attente suscitée par un projet / un rappeur ; à présent, le mot désigne la qualité d’un projet musical. Ainsi, on ne parle plus de bons rappeurs mais de rappeurs qui buzz(ent).

Casquette n.f. :
Tout comme les walkmans K7 du siècle dernier, la casquette est auto-reverse (“casquette à l’envers !”). Ceci s’explique d’ailleurs par la proximité orthographique entre cassette et casquette. Elle scinde les aficionados du rap français en deux camps : les fans de base-ball et de tennis, les cainris et les français, les New Era et les Lacoste, les Face A et les Face B.
C’était mieux avant exp. :Leitmotiv intemporel partagé par les générations ayant dépassé la trentaine et virant accessoirement réac’. Devenant culte, l’expression (qui peut être précédée de n’importe quoi : les meufs, les lendemains de cuite,…) a donné naissance à un biz à travers toute une déclinaison de tee-shirts pour jeunes adultes ayant grandi avec le rap (“Le rap, c’était mieux avant”).
Voir Blanc (rappeur)

Clash n.m :
Anciennement joute verbal et / ou attaque personnelle en freestyle ou par morceaux interposés, le clash se pratique à présent uniquement via un support vidéo.
Le genre se caractérise par une réalisation amateur et des décors intimistes mais bénéficie néanmoins d’un fort pouvoir d’attraction (“Y’a marqué Clash alors t’as cliqué comme d’habitude”). A noter que la discipline est ouverte à toute personne (donc pas uniquement aux rappeurs) possédant un téléphone portable muni d’une caméra et un compte YouTube.
A ne pas confondre avec le beef qui lui est un clash qui n’inclut que des rappeurs professionnels (comprendre donc américains).

Classique n.m :
Se dit d’un album d’une autre époque qu’on se force à aimer car, à sa sortie, on avait dépensé de l’argent de poche (gagné durement que ce soit en tondant des pelouses, lavant des voitures ou dealant des 12) pour l’avoir.
Peut aussi, chez certains rappeurs français, faire référence à une odeur.
Exemple : “Dès que j’rentre en cabine, ça sent l’classique”
Triangle d’or situé entre le Speedy de la porte de Saint-Ouen, la fin du marché aux Puces à la porte de Cli-an-court et le McDo de Garibaldi.
Lumière est faite sur ce triangle d’or du falch (comprendre la contrefaçon), du cuir en véritable skaï et du CD ou DVD gravé grâce aux vidéos promotionnelles à caractère forcément viral du « rappeur » Morsay, maire officieux de Cli-an-court.
A ce jour, bien qu’une mise en bacs des CD des rappeurs français à la FNAC soit primordiale, une présence au sein des stands des puces de Cli-Cli est obligatoire sous peine de perdre en street crédibilité.
Voir Morsay
Paradoxalement, le rap ou rappeur commercial est de mauvaise qualité car apprécié par beaucoup (trop) de gens (ayant du pouvoir d’achat).
Le rappeur commercial est littéralement un vendu car, contrairement aux autres qui ont aussi mis leurs produits dans les bacs, il a réussi à écouler ses exemplaires.
Voir Skyrock
Plus qu’à la profondeur de ses textes, le rap(peur) conscient se mesure au consensus qui l’entoure.
Il se distingue des autres car il a la faculté de traiter de thèmes profonds tels que la rue, Zemmour, Sarkozy, la police, l’Etat, les rapports occident / tiers-monde (liste non exhaustive) sans pour autant utiliser les mots “niquer” “enculé” ou “fdp” ni même avoir recours à la technique du piano-voix pour tromper son auditoire sur la profondeur du thème abordé.
Voir Piano-voix
À suivre…
Les Festivaliers
Illustration Toki
« [HAPPY BIRTHDAY LE BLOG] NOU-NOU-NOU-NOUVEAU, LE DICO DU RAP FRANÇAIS DES FESTIVALIERS |
TWITTOSCOPE #34 » |
J'ai la bosse.
C'est juste excellent haha
[...] TOUT + RIEN = NOUS / LE DICO DU RAP FRANÇAIS (PART 2) Previously on Le Dico du Rap Français : les lettres de A à C [...]
[...] à ce qui nous intéresse c’est à dire le business. Ce pochoiriste est un mec à l’ancienne (voir notre dico du rap français), il fait partie de la première vague du street-art français (il signe son premier pochoir à [...]